Suite de l’affaire de la vente du Chagall du MBAC Dilemme entre Chagall et David ? [French]

Le directeur du musée invoque l’urgence de l’acquisition d’un bien culturel d’une grande valeur historique pour le Canada pour vendre le Chagall. Mais il ne mentionne pas sa valeur artistique. C’est inquiétant. La vocation première du musée des beaux-arts du Canada n’est-elle pas la conservation ainsi que la mise en valeur par l’étude et l’exposition d’œuvres artistique et non d’artéfacts et de documents historique?

 

Dans un article de ce mercredi 8 avril, le Journal de Québec suggérait fortement que le bien culturel tant convoité par le Musée des beaux-arts du Canada serait un Saint-Jérôme du peintre français Jacques-Louis David propriété de l’église Notre Dame de la Ville de Québec. Cette hypothèse, reprise par le Le Devoir du 12 avril et désormais confirmée, ne manque pas de soulever de nouvelles questions à propos des justifications invoquées par le directeur du MBAC pour vendre le Chagall pour sauver un bien patrimonial menacée d’exportation. En effet, le David n’est aucunement menacé d’exportation et son classement probable et prochain comme bien patrimonial québécois, que la Ministre de la Culture du Québec annonçais jeudi dernier, écarterait définitivement ce danger. Le David ne risque rien.

 

Aussi, le choix du MBAC de se départir de La Tour Eiffel de Chagall pour acquérir ce David parait d’autant plus invraisemblable qu’il s’agit d’un tableau religieux peu significatif de l’œuvre de l’artiste, tant par sa facture post-caravagesque que par son sujet. Sa valeur est loin de pouvoir atteindre les estimés supérieurs annoncé par Christie pour le Chagall. Les peintures religieuses n’ont plus la cote depuis au moins trente ans et David n’est pas le peintre le plus prisé des collectionneurs de la planète. On me permettra de douter qu’il vaille les millions réclamés par l’évêché. Les derniers David annoncé chez Drouot, des œuvres apparemment beaucoup plus caractéristique des œuvres par lesquelles David s’est illustré, y sont estimées à  des prix ne dépassant guère 3,500 000 €, soit 5 496 $ Can.

 

Par contre, la décision de la paroisse de la ville de Québec de s’en défaire et même de l’exporter pour effectuer des rénovations permettant de mieux accueillir les touristes semble des plus discutable. Cette peinture ne pourrait-elle plutôt les attirer davantage  dans l’église de Québec? Et les biens patrimoniaux de la paroisse, qui sont des biens publics, ne devraient-ils pas être mieux protégés contre leur exportation, puisqu’ils ont été acquis pour des fins d’embellissement de l’église et d’édification des fidèles, et non en vue du financement les activités purement économique de l’église : le tourisme. Ne serions-nous pas confrontés à un ballon de baudruche gonflé pour mousser le prix du Saint-Jérôme? Ce serait grotesque.

 

Quelle que soit la valeur historique et artistique du David et sa juste valeur marchande, nous ne pouvons pas perdre le Chagall  pour acquérir le David, et cela même s’il devait acquis par le National Gallery de Londres. Les deux doivent rester dans le domaine public, si possible au Canada, afin d’en maintenir l’accessibilité universelle.

 

En ce qui concerne le Chagall qui, jusqu’à ce qu’il est été vendu, appartient toujours au Canada et à son Musée des Beaux-arts. Il doit nous être rendu quel que soit le coût de l’interruption toujours possible de cette vente. C’est un tableau trop riche de significations et de références artistiques et surtout trop beau pour être mis sous le boisseau. Nous en avons la responsabilité qui nous a été confiée par nos pères, les conservateurs et directeurs du MBAC en 1956. La Commission des biens culturels, si elle a autorisé son exportation sous de fausses informations, ne pourrait-elle pas revenir sur sa décision et émettre une injonction pour rapatrier le Chagall? Et si le musée des beaux-arts du Canada ne l’apprécie plus, pourquoi ne pas le confier à une ou plusieurs institutions canadiennes qui ne demandent qu’à l’accueillir. La directrice du Musée des beaux-arts de Montréal, qui semble-il n’a pas été mis dans le secret des dieux d’Ottawa au sujet de sa prochaine aliénation, ni des risques de son exportation semblerait prête à l’accueillir avec le David.?

 

Ninon Gauthier, PhD historienne de l’art, muséologue, critique d’art et sociologue, spécialiste de l’étude du marché de l’art. Présidente sortante d’AICA-Canada.

 

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