L’aliénation des œuvres d’art interdite en France par la loi [French]

 

Depuis l’Ancien Régime, la France a l’obligation d’appliquer le principe d’inaliénabilité des collections des musées publics (« c’est dans la Constitution ! » m’a naguère assuré un directeur de musée).

Une loi qui a consacré ce principe en 2002 a bien introduit la possibilité de procéder au déclassement d’un bien faisant partie des collections des musées de France, mais en excluant les objets donnés, légués ou acquis avec l’aide financière de l’État.  Un tel déclassement est subordonné à l’avis de la Commission scientifique nationale des musées de France composée de trente-cinq membres soumis à une procédure rigoureuse.  Retenons que depuis 2002, cette commission n’a pas eu à statuer sur un projet de déclassement car les professionnels du monde des musées sont opposés à la remise en cause du principe d’inaliénabilité des collections publiques.

C’est grâce à ce principe que les amateurs du monde entier peuvent, depuis 1986, voir, étudier et admirer l’art français de la seconde moitié du  XIXe siècle au musée d’Orsay qui présente ces artistes officiels, académiciens dénigrés sous le vocable de « pompiers », qui ont dominé la scène artistique jusqu’à la fin du siècle mais avaient été retirés des cimaises lors de la « revanche » des impressionnistes et post-impressionnistes, et mis au purgatoire  jusque dans les années soixante-dix du XXe siècle.

N’eût existé dans la loi l’inaliénabilité des collections nationales, ces oeuvres auraient disparu à jamais, vendues et même détruites par effets de mode et de goûts esthétiques personnels de décideurs ou de cliques.

Les professionnels canadiens familiers des collections et des réserves de nos musées savent bien qu’il y aurait matière à un déclassement rigoureusement encadré par des spécialistes indépendants d’œuvres acquises avant l’instauration de comités d’acquisition, mais jamais à une aliénation arbitraire.

 

À lire les révélations de Christine Lalonde dans Le Devoir du 12 avril sur les dessous de l’aliénation du tableau de Chagall du musée des beaux-arts du Canada à Ottawa, on comprend, hélas, qu’il serait trop tard pour  en bloquer la  vente.  Pour éviter de pareilles dérives dans l’avenir, il serait grand temps que nos gouvernements s’attaquent à la question et légifèrent en la matière et, pour le cas présent, dégagent d’urgence les fonds pour conserver au Québec le fameux Saint Jérôme de David.  Au moins.

 

Claudette Hould

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