Marie-Alain Couturier O.P. au Canada, avec ses Lettres à Louise Gadbois

[French]

À  paraître : Marie-Alain Couturier O.P. au Canada, avec ses Lettres à Louise Gadbois, Éditions du Septentrion, Montréal, 2016. http://www.septentrion.qc.ca/catalogue/recherche?publication=1

L’abondance de la matière mise au jour dans ce livre déborde de beaucoup le seul regroupement des connaissances préalables sur la présence au Québec de Marie-Alain Couturier. L’essai qui précède l’édition des lettres de Couturier à l’artiste peintre Louise Gadbois et des extraits du Journal de Louise Gadbois – essai qui s’en nourrit et les explique – fait la synthèse des nombreux champs d’action du Dominicain.

Deux territoires inexplorés jusqu’ici sont particulièrement importants. Premièrement, les interventions du Père, discrètes mais néanmoins efficaces, dans la diplomatie pour favoriser, dès 1940, l’action des Forces Françaises Libres par l’implantation d’un réseau d’opinion favorable à la Résistance au Canada, sous l’égide du Général de Gaulle. La seconde découverte concerne l’étendue de l’œuvre picturale de Couturier durant l’exil, au Québec où elle a bien failli disparaître, et aux Etats-Unis où elle a déménagé d’un état à l’autre au gré des regroupements des congrégations religieuses.

Notre suivi chronologique de son passage au Canada, du 28 mars 1940 au 25 juillet 1945 de l’École des beaux-Arts à l’École du meuble de Montréal, avec tous ses corollaires (conférences, expositions, articles, lettres aux journaux) démontre qu’il est le sujet des hostilités : fauteur de trouble pour le camp académiste de Maillard, mais aussi franc-tireur au bouclier clérical pour le clan de Borduas. Son éloignement outre-frontière est le prix à payer pour sa défense de l’art vivant, des artistes indépendants, de la gestation de l’art abstrait au sein de l’art moderne, et de l’affirmation de sa légitimité, qu’il soit profane ou sacré. À cela s’ajoute le fait d’être du côté de la Résistance dans un milieu à dominance vichyste.

Comme tous les exilés à New York, il rentre en France à la fin de la guerre. Ses lettres renseignent sur les conditions de vie si difficiles après le confort américain. Cependant, le Père a promis aux artistes ses amis d’organiser une exposition d’art moderne canadien à Paris, en toute liberté. C’est à cette fin qu’il débarque à nouveau à New York avant la mi-janvier 1947, puis arrive à Québec. Ses efforts se solderont par un lamentable fiasco dont nous suivons les épisodes. Le Père quitte Montréal le 13 mai 1947 avec l’intention de revenir pour finaliser l’exposition. Il ne repassera plus jamais l’Atlantique…

Les lettres admirables témoignent d’une exceptionnelle amitié canadienne-française et forment, avec les notations du Journal, un émouvant duo d’outre-tombe. Notre accompagnement en sourdine s’est imposé par nécessité. En effet, sortie de sa gangue d’oubli, la documentation doit être remise en contexte et interprétée, non par des commentaires redondants – les textes originaux étant reproduits – mais par des notes substantielles restituant les facettes effacées par le temps : personnages, situations, événements particulièrement complexes en période de guerre. corpus inestimable, les lettres proviennent d’ailleurs – New York, Baltimore, Paris, Montbrison, Rome, Nice, Oslo …- depuis la première datée du 8 juin 1941 jusqu’à la dernière, écrite par un tiers, avant sa mort prématurée le 9 février 1954.

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